LES ÉTRANGERS, ACTEURS DE LA VIE POLITIQUE CAMEROUNAISE :
L'EXPÉRIENCE DES IMMIGRÉS NIGÉRIANS DANS LA VILLE DE DOUALA*

 

par Blaise-Jacques NKENE

GRAPS / Université de Yaoundé II

 

INTRODUCTION

Comment s’effectue l’entrée des communautés étrangères dans le champ politique de leurs pays d’accueil ? Ainsi posée, cette question aux apparences anodines se trouve pourtant au cœur des mutations et des reconfigurations  de paysages sociopolitiques que l’on observe ces dernières années en Afrique noire, notamment en ces périodes de libéralisation politique. C’est, surtout, au regard de l’actualité, une interrogation qui pose de manière fondamentale, l’épineux problème de l’intégration politique des étrangers en Afrique, comme on peut l’observer ces jours en Côte-d’Ivoire.

On part ici du postulat que l’étranger évolue très souvent en terre d’accueil dans un univers fait de restrictions de toutes natures – juridiques (Lochak, 1985 :86; Withol, 1987 : 11), sociales (Elias et Scotson, 1997; Abdelmalek, 1997; Badie et Sadoun, 1996), économiques (Marantzidis et Mavromatis,1999) et où de manière assez constante, le champ politique fait montre de " clôture " (Weber, : 43-46; Brubaker, 1997 : 48) singulièrement difficile à surmonter. Pour les nationaux et même pour certains citoyens observe Pierre Bourdieu, l’accès dans ce champ ne relève pas toujours d’une évidence (Bourdieu, 2000 : 8) Il devient donc intéressant dans ce contexte d’"exclusion " et de " disqualification " politique permanentes (Prujiner, 1993 : 75; Abdelmalek, 1999), de voir comment se construisent, lorsque cela est possible, les dynamiques d’"entrée " des " étrangers " dans le champ politique (Back et Soininen, 1998 : 29)

S’agissant du Cameroun, le phénomène de l’immigration n’est entré dans le débat national que très récemment, par l’entremise du problème des réfugiés de guerre tchadiens, burundais et rwandais. Paradoxalement, l’immigration nigériane qui est numériquement et historiquement l’une des plus importante n’y apparaît que très furtivement. On serait a priori tenté de croire que c’est une immigration qui se situe en dehors du champ politique. Il n’en est rien. C’est que son entrée dans le champ politique se déroule surtout en marge des " espaces centralisés " et se caractérise, à l’instar des relations entre le Cameroun et le Nigeria, par une ambiguïté permanente (Sindjoun, 1998 ; Ngniman, 1996). Ainsi, son traitement à l’échelle nationale constituerait pour le moment, une sorte de réflexion trop vague et abstraite, déconnectée des lieux où s’observe de manière plus patente ce processus. Il faut ajouter ici que le processus de libéralisation politique enclenché au Cameroun en 1989/1990 surgit dans une conjoncture de " crise " de l'État et de l’"affaiblissement relatif" de sa souveraineté dans les " périphéries " (Sindjoun ,1999) Cette situation a favorisé l’investissement des " marges " sous des formes très diverses par des nouveaux acteurs, à l’instar des immigrés nigérians, dont la présence et les activités (clandestines, frauduleuses et informelles pour l’essentiel), (Adepoju,1983) leurs interactions avec les instances politiques locales, ont acquis une visibilité inhabituelle et engendré des  nouvelles " figures du politique " (Momar Coumba et Mamadou Diouf, 1999), sans commune mesure avec la configuration des " espaces centralisés " traditionnels. Le choix de Douala, principale ville économique du Cameroun (Gouellain, 1976) et aire de longue tradition migratoire (Mainet, 1985) offre pour les raisons évoquées un cadre privilégié de visualisation des modalités d’entrée des " étrangers " dans le champ politique des milieux urbains d’Afrique noire.

Comme champ politique, l’espace urbain de Douala est caractérisé par un énorme bouillonnement, qui implique depuis le processus de libéralisation politique au Cameroun, un nombre important et hétéroclites d’acteurs. La forte tendance pour l’illégalité, l’informalité et la violence régnantes vont à terme produire un paysage sociopolitique particulier et justifier les qualificatifs qui font de Douala  la "ville rebelle", la "capitale de l’opposition". Il est d’ailleurs symptomatique d’observer à cet effet que "les villes mortes", phénomène politique sans précédent au Cameroun débutèrent à Douala en 1990. C’est dans cet univers politique surchauffé que l’on découvrira dans certaines instances (scène et jeu) politiques locales, des immigrés nigérians fort curieusement à l’aise ; présence, il faut le dire, très énigmatique dans un environnement de répulsion sociale avérée envers les " étrangers " (Nkene 2000 :46).

L’hypothèse que nous avançons dans la présente étude est que l’entrée des immigrés nigérians dans le champ politique de la ville de Douala s’effectuerait à travers un mécanisme de politisation, c’est-à-dire qu’outre leur constitution en " objet de débat sur la scène politique institutionnelle ou médiatique" (Badie, Hermet, Birnbaum, Braud,1994 :216) ils procèdent par une incorporation ou une infiltration physique ou/et symbolique dans les instances du pouvoir politique local (withol,1993 :106). L’"entrée dans le champ politique" ici référera alors d’une certaine façon au concept de "publicisation" dans l’optique habermasienne, mais aussi à celui de "passage au politique" dans le sens de François Bayart. Envisagée de cette façon, cette perspective permet un autre regard sur la question de l’immigration, embrigadée telle qu’elle est souvent sous l’angle économique ou juridique (Withol, 1987 :11) En effet, notre intuition de départ est basée sur le fait que la présence massive d’"étrangers " dans certaines aires sociales ne peut ne pas avoir des conséquences sur le champ politique. Celui-ci est affecté de manière significative, notamment dans des villes cosmopolites comme Douala par l’interférence et les interactions entre acteurs étrangers et locaux. C’est une approche qui permet un renouvellement de certaines problématiques instituées sur la libéralisation politique en Afrique (Bratton et Van de Walle, 1997 ; Banock, 1992 ; Eboussi Boulaga, 1997) qui minimisent ou marginalisent de façon assez curieuse l’influence et la participation des acteurs " étrangers ". Contre cette vision dominante, on voudrait prendre en compte dans le déroulement de ce processus, les actions et interactions produites par les acteurs " locaux " et " étrangers ", si " souvent soigneusement isolés " en terre d’accueil (Wagnier,1998 :24), pour montrer que l’intensification et la concentration des flux démographiques ne sont pas sans conséquence sur la configuration de l’espace – politique -d’immigration. Appréhendé dans ce sens, le concept d’"entrée dans le champ politique " nous semble particulièrement fécond d’un point de vue heuristique, pour saisir la dynamique et la fluidité du phénomène migratoire. Il permet en effet la mise en exergue de son mouvement, c’est-à-dire les chevauchements –" straddling "- que cette immigration est susceptible d’effectuer d’un champ à un autre, notamment des champs sociaux ou économiques vers le champ politique ou inversement. Le postulat de départ étant qu’aucun problème n’est en soi politique. Mais il le devient dès lors qu’il est transformé en enjeux, structurant les clivages entre les formations politiques et les diverses catégories de représentants (Bourdieu, 2000). Ce concept offre donc des possibilités de cerner les modalités d’investissement et de marquage de l’espace politique de la société d’accueil par ces immigrés, très souvent hâtivement frappés d’incompétence politique; alors que la réalité les montre directement ou indirectement impliqués dans le jeu et la scène politique locale.

Une difficulté importante se situe néanmoins au niveau méthodologique, où un redoutable exercice de décryptage et de décodage nous attendait: l’objet d’étude présentait en effet les caractéristiques d’une   " nébuleuse ", du fait d’une occultation devenue le moteur des stratégies de séjour d’une immigration largement clandestine: les lieux de l’informalité régnante et de l’illégalité dominante ne se prêtant que très difficilement aux techniques d’enquêtes usuelles. Si l’on ajoute dans le cas d’espèce le fait que le politique est généralement considéré en contexte africain comme tabou - " I don’t do politics "- (Bourdieu, 2000 :8) on comprend aisément l’ampleur de ces difficultés, puisque personne (encore moins les étrangers) n’est prête à s’offrir spontanément à un questionnaire portant sur ce genre de questions. Cette étude, pour être fiable, ne pouvait donc faire l’économie d’un travail de terrain, lequel, devait permettre à travers la méthode d’entretiens semi-directifs, et de la méthode de l’enquête " boule de neige " de saisir les réalités concrètes avant de chercher à les expliquer. C’est cette démarche qui aura permis d’approcher les réseaux nigérians et d’appréhender leurs rapports politiques aux populations locales, d’observer les mécanismes sociaux qui permettent leur politisation et leur entrée dans le champ politique local. Par ailleurs, l’absence de données démographiques récentes et précises sur l’immigration nigériane au Cameroun en général et à Douala en particulier, a du limiter de manière significative la dimension quantitative initialement projetée dans ce travail et justifie inversement, la tendance forte vers une analyse largement qualitative d’un phénomène grandissant en Afrique. C’est donc faute de mieux que nous que nous utiliserons le Recensement Général de la Population et de l’Habitat de 1987 comme base statistique pour cette étude.

Aussi, en même temps que les immigrés nigérians investissent par leurs activités l’espace politique de la ville de Douala, les instances politiques " Doualaises " s’approprient à leur manière cette immigration. C’est cette dynamique marquée par une double convergence vers le politique qui singularisera cette entrée dans le champ politique des immigrés nigérians à Douala.

 

I- LES MODALITES " DOUALAISES " D’INTEGRATION DES IMMIGRES DANS LA SCENE ET LE JEU POLITIQUE LOCAL

L’incorporation des immigrés nigérians dans le champ politique par les "Doualais" participe du processus de démarginalisation politique des immigrés en tant qu’acteur sociaux. Elle tend surtout à montrer l’implication ou l’inféodation de ces acteurs étrangers dans la sphère du politique, ceci contrairement à une image d’incompétence politique qui leur est très souvent accolée au Cameroun. C’est l’hypothèse où l’étranger accède dans le champ politique à partir des initiatives locales.

A - POUVOIRS PUBLICS LOCAUX ET LEGITIMATION DES IMMIGRES NIGERIANS

L’une des principales modalités d’entrée dans le champ politique de l’immigration est, de façon générale, liée aux logiques de fonctionnement de l’Etat, lesquelles consistent en une recherche de la gestion de ces dernières par les instances politiques centrales des pays d’accueil (Costa-Lascoux et Weil,1992) Le concept générique de " politiques migratoires " désignera alors l’ensemble des instruments juridiques, politiques économiques et institutionnels mis en place par les Etats aux fins de contrôle ou de la maîtrise des flux humains étrangers. Dans ce cas de figure, l’entrée dans le champ politique est initiée par le système politique et fait des immigrés un objet/sujet passif du champ politique. Lorsque cette inféodation de personnes " étranges " dans la scène ou le jeu est suffisamment perceptible, on peut dire, sans risque de se tromper, que l’on est en face d’un processus de légitimation politique. Ainsi, outre une politisation liée aux logiques de fonctionnement de l’Etat au Cameroun, l’immigration nigériane constitue un important enjeu autour duquel se construisent diverses stratégies d’incorporation dans les instances de pouvoir à Douala. Leur présence dans ce type d’instance est très singulière dans le cadre général de l’immigration au Cameroun (Weiss,1998) dans la mesure où il s’agit en fait d’une intégration politique " par le haut ". Le jeu politique à Douala sera donc édulcoré de manière très subtile par cette présence étrangère, en fonction des lieux et en fonction du temps, suivant la nature des groupes associatifs ou suivant la réputation des individus. Cette population immigrée est incorporée par les pouvoirs publics dans la scène et le jeu politique suivant deux principales modalités, qui sont associatives ou individuelles.

1- La reconnaissance et l’incorporation des mouvements associatifs immigrés dans le jeu politique local

Le début de la légitimation de l’immigration nigériane dans la ville de Douala par les autorités locales peut être appréhendé à partir du moment de leur reconnaissance en tant que mouvements associatifs. Si au Cameroun la législation en la matière les classe dans la catégorie d’associations culturelles, on verra que cette reconnaissance sur le plan juridique ne constitue que le point de départ d’un processus d’inféodation multiforme au sein des instances politiques locales, comme c’est le cas de la NIGERIAN UNION, la NAPSDA ou la TIMBER DEALER ASSOCIATION etc. à Douala (Nkene 2000 :55)

L’identité collective des immigrants nigérians est par exemple exprimée à Douala à travers la Nigerian Union. Association à l’échelle urbaine, elle regroupe tous les nigérians sans distinction d’appartenance ethnique ou régionale. Sa logique essentiellement fonctionnelle repose sur le recherche des intérêts particuliers et en fait un regroupement rationnel et non émotionnel. Quoique le droit camerounais ne reconnaisse en elle qu’une association culturelle, il faut cependant dire qu’elle jouit d’une importante influence, notamment économique sur le plan local ( Weiss,1998 :275). A ce titre les autorités locales recherchent leur collaboration dans la réalisation de certaines œuvres publiques : leur assistance a ainsi été régulièrement requise par les maires de Douala II pendant les municipales de 1986, en terme, d’aide à la réalisation des missions communales, telle la viabilisation des canalisations de la rivière qui traverse les quartiers occupés par certains immigrés - Fleuve Mboppi. Selon Nfampou Dagobert - ancien maire de Douala II- les étrangers quel qu’en soit leurs origines, ne sauraient rester en marge des activités de salubrité de leurs quartiers, puisqu’ils en sont également des bénéficiaires. Ce groupe devient l’objet d’un enjeu pour les partis en compétition, un partenaire politique qu’il faudrait avoir dans son giron du fait de son poids économique. Le moment le plus visible de tentative de contrôle de cette immigration par les autorités locales est la période de libéralisation politique qui a secoué le Cameroun entre 1989 et 1994 : Pendant les villes mortes de 1992 dans la ville de Douala, la NIGERIAN UNION et la NAPSDA, la TIMBER ASSOCIATION étaient régulièrement convoquées par les autorités locales aux fins de résoudre le problème de la fermeture de maisons de commerce selon le mot d’ordre de grève qui paralysait les activités de la ville. Si l’Opposition regroupée autour du SDF souhaitait vivement que les membres de ces associations par ailleurs détenteurs de la plupart des maisons de commerce suivent le mot d’ordre de grève, le RDPC, par les autorités politiques locales qui lui étaient fidèles ramaient en sens inverse et ce faisant, légitimaient cette immigration à Douala. Leur présence dans ces instances de crise et de prise de décision n’est pas fortuite dans la ville de Douala : c’est qu’en réalité, ils détiennent un important rôle sur le plan économique, par le biais du monopole de certains secteurs d’activités vitaux qui font d’eux des acteurs incontournables à la fois sur le plan économique et sur le plan politique. Cela permet de comprendre les logiques d’enserrement des mouvements associatifs nigérians et les tentatives récurrentes de rapprochement initiées par les autorités politiques locales. Ce qui est important à faire entrevoir dans cette relation, ce sont les rapports clientélistes qu’entretiennent les immigrés et les autorités locales. La réciprocité des intérêts et des gains fondant cette relation s’inscrit dans une logique d’échange dyadique où l’étranger autant que les autorités trouvent un intérêt à collaborer. Le statut d’étranger qui habituellement indiquerait une position de faiblesse par rapport aux nationaux (Withol ,1987 : 23)est dans ce cas supplée par le pouvoir économique et en fait un partenaire politique décisif à rallier. Les luttes sourdes entre partis politiques à New-Bell visant à ramener dans leurs bastions les immigrés nigérians démontrent amplement cet état de chose.

Comme enjeux électoraux, les mouvements associatifs nigérians apparaissent comme des acteurs\facteurs déterminants dans certaines localités de la ville de Douala. L’exemple de la NAPSDA dont les services sont régulièrement demandés par les autorités de Douala II illustre à merveille cette tendance. Il s’agit d’un regroupement d’immigrés nigérians exerçant dans la filière des pièces détachées dans la ville de Douala et dont le dynamisme lui a valu de nombreuses réquisitions par les autorités municipales au quartier Yabassi ; ceci contrairement à l’association des béninois de Douala historiquement l’une des communautés étrangères la plus ancienne, mais moins influente et ne faisant l’objet d’aucune convoitise particulière de la part des autorités locales.

Si la visibilité de ce phénomène est moindre dans les quartiers " centralisés " de Douala, il faut dire qu’il est d’une très forte prégnance dans sa partie insulaire, dans ses "marges ". En effet, les élections dans l’arrondissement de Manoka - Douala VI - sont le reflet de la participation ou non des associations immigrées nigérianes qui regorgent en leur sein près de 85% de la population locale. Leur contrôle est alors un gage important pour l’expression des suffrages, car leur " discipline " aux consignes de vote détermine largement le sens des votes.

Deux types d’intérêts croisés sont à la base de ce processus d’incorporation. Si l’on peut considérer qu’ils sont essentiellement sécuritaires pour les associations nigérianes, ils sont surtout pécuniaires et politiques pour les autorités locales qui se disputent leur contrôle à l’occasion, comme en témoigne les rapports conflictuels entre DICKI KALLA -chef de 3ème dégré de Cap-Cameroun- et les autorités gouvernementales. La capacité d’attraction est surtout liée à leur taille, le poids de l’association apparaissant comme le principal critère de son inféodation dans les instances locales. La masse critique ici peut être le nombre ou alors l’influence perçue en terme de poids financier. Elles constituent une ressource pour les autorités  et une clientèle pour le personnel politique local. A Douala, le contrôle du jeu politique passe donc aussi par celui de la maîtrise des regroupements immigrés, considérés dans ce cas de figure comme un enjeu : celui qui contrôle les nigérians à Camp yabassi tiendrait un gage supplémentaire pour le contrôle de la mairie de Douala II ; celui qui contrôlerait les associations nigérianes à Cap-Cameroun, Clic Number One, Munganguè, Kangue, Poka s’assurerait la direction de l’arrondissement de Manoka. Leur influence, variable d’une sphère à une autre, semble, en ce qui concerne la ville de Douala, justifier une inféodation à géométrie variable dans les instances politiques locales : il s’agit tantôt d’une incorporation qui a lieu au niveau des autorités gouvernementales, tantôt au niveau des autorités municipales, tantôt au niveau des autorités traditionnelles. L’entrée dans le champ politique survenant à partir du glissement de leur vocation culturelle/économique à un rôle politique. C’est, note Jacques Palard, la situation où l’association joue un rôle charnière dans l’accès au politique ; puisqu’elle représente un relais d’autant plus efficace qu’est d’une certaine façon postulée l’absence de solution de continuité entre le micro-social et le macro-social, entre le niveau de l’expérience communautaire et celui de l’organisation politique. L’autre mode d’inféodation de cette immigration nigériane dans la scène ou le jeu politique de Douala est basé sur des individus.

  1. L’auxilliarisation des " chiefs " et la cooptation des " big massa " dans le jeu politique local

L’auxilliarisation des " chiefs " et la cooptation des " big massa " dans le jeu politique de Douala obéit aux logiques de recrutement politique rendu nécessaire par le contexte nouveau, marqué par la compétition politique, où les " représentants " et " élites " immigrés apparaissent de plus en plus comme des ressources pour les instances locales. Ici, on se situe en face des " effets pervers " (Boudon,1997) produits par cette immigration, du moment où il s’agit des conséquences non désirées par les nigérians eux-mêmes : le charisme de certains immigrés est à la base de l’engouement que l’on observe de la part des autorités publiques pour leur cooptation dans le jeu politique local. La réputation et la position sociale permettent d’entrevoir les logiques qui fondent cette inféodation: ils doivent pouvoir représenter quelque chose -association- ou avoir quelque chose – fortuné - aux yeux des autorités locales.

En effet, les regroupements des immigrés nigérians dans la ville de Douala ont à leur tête des " chiefs ". Ce sont des leaders qui sont en général désignés par leurs congénères pour représenter leur association ou groupe . Le " chief " est désigné suivant deux principaux critères: l’ancienneté ou la fortune, étant entendu que les deux critères peuvent très bien se combiner, comme le montre le cas de Chief Patrick N. NDJOKU Président de la Nigeria Union à Douala . Ces personnes investies par les immigrés sont chargées au quotidien d’agréger les doléances des membres auprès des instances locales, de parler en leur lieu et place en cas de besoin. Mais confrontée à l’action, cette fonction de représentation se pervertit très vite, dans un milieu urbain où l’affairisme et le désordre priment. A titre d’exemple, les problèmes de titres de séjours sont les moments où ceux-ci sont en constants rapports avec les pouvoirs publics, puisqu’ils sont sensés représenter les immigrants régulièrement inscrits dans leur association. Mais dans la pratique, il s’agit d’une tache ardue, car ils doivent concilier les intérêts contradictoires d’une immigration nigériane essentiellement clandestine et les intérêts des autorités locales pour qui ces droits constituent d’importantes ressources fiscales. Voilà qui justifierait les stratégies de leur auxilliarisation par les autorités locales. Ils sont des intermédiaires et des médiateurs entre les immigrés et les autorités. L’auxilliarisation de ces membres de l’immigration par les autorités locales est un moment important du processus de leur politisation, leur intervention se situant dorénavant dans les sites d’action politique saillants observés dans la ville de Douala : les campagnes de recouvrement des impôts sur les personnes physiques qui concernent également les étrangers - resident permits - permettent de voir qu’ils sont les interlocuteurs principaux et privilégiés des autorités locales à ces moments cruciaux. Les " chiefs ", alors mieux placés pour les déceler, sont régulièrement consultés par les autorités administratives et municipales pour la " conscientisation " des membres de leurs associations. Cette médiation constitue l’instrument ou le vecteur assurant le passage de la sphère privée immigrée dans le champ politique . C’est également dans cette optique qu’il est possible, eu égard à la position qu’ils occupent, d’observer la relation clientéliste et tribunicienne qu’ils ont avec les autorités de la place: faisant semblant d’agir exclusivement pour le compte des membres qu’ils sont sensés représenter, les " chiefs " s’approprient très souvent les positions de domination sociale qui sont les leurs, à leur propre compte. Ainsi les verra-t-on bénéficier des grâces des autorités locales lors des rafles ou bénéficiant de moratoires dans le payement de quittances pour leurs maisons de commerce, ou alors toujours acquittés devant les commissariats en cas de différend avec leurs ressortissants ou même avec les populations locales (Nkene 2000 :57).

La cooptation des " big massa " nigérians dans le jeu politique local relève d’une autre logique. Il s’agit d’une stratégie de contrôle d’immigrés fortunés dont le poids financier peut éventuellement être déterminant pour les activités de partis ou même l’administration locale. Cette catégorie nouvelle d’acteur générée par la diaspora nigériane constitue, à certains égards, dans le cas de la ville de Douala, un type comparable   " au big man " mélanésien de Sahlins qui, par ses propres efforts et en s’appuyant sur ses femmes ou ses [cadets] réussi " à se hisser au-dessus du lot commun ". Bénéficiant d’une " grande renommée "( Médard,1992 :169) il voit son statut social se différencier, ce qui lui confère un audience toute particulière parmi ses pairs. Ces types de profils sont recherchés par les autorités locales à des fins électoralistes lors des campagnes politiques, notamment pour leur apport financier comme on peut l’observer dans l’arrondissement de Douala II et dans certains archipels de Douala comme MANOKA ou CAP CAMEROUN où leur poids financier est devenu déterminant au fil des années. On n’est pas très loin dans ce cas de figure d’un processus de recrutement politique des étrangers dans les instances politiques.

Mais le processus d’incorporation de riches nigérians dans le jeu politique local est plus visible avec la cooptation de immigrés nigérians naturalisés camerounais – established. Ainsi de M . TANKO HASSAN, important homme politique de ville de Douala. Son itinéraire est typique de ceux des immigrés haoussas du nord du Nigeria arrivés à Douala avant l’indépendance et installés dans les petits métiers. Ayant débuté comme tailleur à New-Bell, cet immigré nigérian s’est ensuite reconverti dans le commerce où il s’est imposé comme un ténor de la filière " import-export ", ce qui lui a permis de gravir rapidement les strates sociales avant d’être élu président de la section RDPC de Douala IV. Cette nouvelle position sociale conquise et son appartenance à la religion islamique ont fait de lui un pole " naturel " de convergence de nouveaux immigrants nigérians de même obédience religieuse, d’immigrants en bute aux multiples tracasseries quotidiennes. Sa situation de "established " sert donc, au contraire de celle observée par Elias et Scotson à Winston Parva, de refuge pour les nouveaux venus. Parallèlement, c’est une position qui sert aussi aux autorités locales, surtout lorsqu’il s’agit de la résolution de la " difficile équation " nigériane à Douala. Dès lors, M. TANKO HASSAN apparaît auprès des autorités locales comme une personne ressource qu’il faut " capter ", aux fins de la maximisation des gains dans un jeu politique où les nigérians sont indirectement partie prenante. Il en est de même de M. AHLADJI GARBA, député RDPC de Douala II dont les origines nigérianes sont connues de tous et qui joue un rôle similaire d’encadrement des immigrés nigérians à KOLOULOUN. Son investiture par le RDPC participe de cette logique de contrôle des immigrés de haute stature sociale et économique. La popularité de M. ALADJI dans les milieux immigrés est telle qu’il constitue aux yeux de autorités locales un maillon essentiel à partir duquel cette immigration peut être contrôlée.

La recherche du contrôle des immigrés par les autorités locales se traduit alors par l’inféodation dans le jeu politique local de certains " pontes " nigérians ayant acquis une notoriété dans la ville. C’est une stratégie qui débouche indirectement sur l’entrée des " étrangers " dans le champ politique et qui devrait s’analyser comme un " effet pervers " ou un " effet de composition " du phénomène migratoire. Cependant, cette entrée dans le champ politique de l’immigration nigériane n’est pas, dans la ville de Douala, uniquement imputable à l’action des autorités publiques ; elle résulte aussi de l’action des populations locales.

 

B - PUBLICISATION DE L’ESPACE IMMIGRE PAR LES POPULATIONS LOCALES

Un autre mode d’entrée des immigrés nigérians dans le champ politique résulte de certains modes populaires de représentation politique à Douala. C’est un mode de politisation " par le bas " (Bayart, Mbembe et Toulabor 1992) provoqué par des représentations issues du séparatisme anglophones et le conflit de Bakassi, qui induisent de nouvelles figures de perception des immigrés nigérians. Dans la ville de Douala, l’immigré nigérian est très souvent perçu comme un " opposant ", par analogie et par assimilation aux anglophones qui depuis 1961 alternent au Cameroun entre participation et contestation du/dans le système politique. Si les anglophones camerounais souffrent être assimilés à des " biafrais ", les immigrés nigérians ne s’offusquent à aucun moment d’être traités d’" anglos ". C’est a contrario une situation qui leur permet de se fondre dans un univers qui leur est très souvent hostile.

  1. Les représentations politiques populaires induites de la stigmatisation de l’immigration nigériane : " Biafrais " et " opposants "
  2.  

    Les représentations politiques populaires dans la ville de Douala en rapport à l’immigration nigériane ont partie liée avec l’histoire commune des deux pays. Le poids de l’imaginaire collectif (Withol,1999 :136) semble indissociable de certains faits historiques( Bayart 1992 :42) lesquels font transparaître clairement que les deux peuples n’ont pas jusqu’aujourd’hui accepté ou digéré la partition qui a résulté du référendum de 1961 organisé par les Nations-Unies et qui attribuait la Southern cameroon au Cameroun et la Northern Cameroon au Nigeria. En effet, l’arbitrage des Nations-Unies a produit de part et d’autres une amertume et une tristesse qui continuent de charrier le vécu quotidien des deux peuples et, une forme de rancune souterraine n’a pas cessé de hanter ici et là les consciences collectives. Les nombreuses et récurrentes conflagrations qui ont émaillé l’existence des deux pays depuis 1961, peuvent être justifiées dans une large mesure par ces représentations qui produisent des effets de réalité (métonymie). Les constructions ethnonymiques " biafrais " (Nkene, 2000 :52), " anglos ",  " opposants " sont des étiquetages et appellations traduisant largement la perception péjorative vers eux orientées, et sont symptomatiques des rapports politiques turbulents en terre d’accueil.

    Comme " biafrais ", l’immigré nigérian est perçu à Douala comme un usurpateur, un envahisseur dans la mesure où sa présence semble d’abord rappeler la partie " perdue " du Cameroun septentrional. L’image d’un Cameroun territorialement atrophié continue à imprimer chez les populations locales un sentiment de rengaine. Les rencontres de football entre les deux pays sont des moments important d’observation de ce climat de répulsion et de conflictualité permanente : la finale de la coupe d’Afrique des nations remportée par le Cameroun a connu de formes multiples de débordements dans la ville de Douala :des marches et des slogans scandés durant toute la nuit " OKOSHA parle encore " traduisent le ras le bol des populations devant ce voisin géant qui " dérange ". Les victoires camerounaises contre l’équipe nigériane apparaissent alors comme des instants de conjuration d’un sort, d’un exorcisme collectif, peut-être plus profondément encore, d’une consolation par rapport à la portion de territoire " perdu " en 1961.

    Comme " opposants ", les immigrés nigérians sont assimilés aux camerounais ressortissants du l’ex-cameroun occidental dont les velléités sécessionnistes sont considérées par les autres camerounais comme extravagantes et non fondées. C’est ainsi que dans les représentations, les immigrés nigérians sont considérés ou perçus comme des " alliés naturels " des anglophones, eu égard à l’héritage commun obtenu de la Grande- Bretagne et apparaissent comme des adversaires de l’unité " durement conquise " du Cameroun. Cette présomption de soutien au mouvement sécessionniste anglophone produit des effets de réalité dans la scène politique de la ville de Douala où être nigérians rime avec le SDF. Ce parti né en 1990 à Bamenda exprime dans une certaine mesure la frustration exprimée par ces populations anglophones de Douala largement phagocytée par des francophones et qui apparaît comme organe de représentation et de défense des intérêts anglophones dans le jeu politique local. Principale formation de l’opposition au Cameroun, ce parti est perçu comme bénéficiant des largesses des immigrés nigérians, notamment IGBO et HAOUSSA respectivement du Camp Yabassi et du quartier Congo d’où l’étiquette d’" opposants " qui leur est très souvent projetée par présomption, et malgré le fait qu’ils n’avouent ne jamais faire la politique.

    Par ailleurs, le conflit de Bakassi est apparu comme un autre facteur de cristallisation de la répulsion envers les immigrés nigérians, même si ces derniers répugnent en général à se prononcer publiquement sur la question. Le sentiment anti-nigérian a pris un bémol depuis que le contexte stratégique entre les deux pays est marqué par la résurgence de cette guerre. Au retour de leur séjour dans la péninsule de Bakassi, les militaires camerounais alimentent dans les "chantiers " et les " bars " les conversations les plus épiques sur la méchanceté de l’ennemi nigérian, " sans scrupule ni loi " et responsable, par ses incursions en territoire camerounais, de nombreuses pertes en vie humaines. Il est alors apparu dans la ville de Douala de nouvelles perceptions de l’immigré nigérian, progressivement perçu comme " un ennemi dans la maison ", un " adversaire" qui se cache dans le giron des opposants " anglos ". Ces considérations tout à fait neuves dans cette ville affectent de manière significative l’espace immigré qui se trouve élargi du fait de son glissement dans un champ qu’on lui croit par définition interdit, c’est-à-dire la sphère politique (Withol, C, 1987 :165). Le rôle de la presse, entendue comme vecteur de publicisation de l’espace immigré n’est pas des moindres dans cette ville.

  3. La surmediatisation de l’immigration nigériane par la presse locale

L’observation et l’analyse de la production de la presse locale en rapport avec la question de l’immigration nigériane à Douala montre une évolution quasi-parallèle avec le comportement et les attitudes des populations locales. Cette attitude varie également en intensité en fonction des périodes, c’est-à-dire suivant que les rapports entre les deux pays sont stables ou non. Des " dossiers " sur l’immigration nigériane à Douala sont alors régulièrement confectionnés par ces organes de presse, attestant par là même la sensibilité de la question auprès de l’opinion publique et, son glissement sur la scène publique.

Le traitement de cette question à partir de la presse peut donc permettre d’appréhender l’opinion que se font les populations des immigrés nigérians, tant il est vrai que cette opinion est largement " travaillée " par les médias et réciproquement. Pour des raisons méthodologiques nous avons axé notre travail sur des organes de presse dont les sièges sont à Douala ou qui ont des représentations dans cette ville, pour des raisons évidentes de distance par rapport à l’objet d’étude. Notre postulat est que la perception de l’immigration par les journaux locaux immergés dans l’action et surtout en interaction quotidienne avec les nigérians devrait être différente de celle effectuée par les journaux gouvernementaux dont les positions sur la question sont très souvent aseptisées, et des organes de presse paraissant à des distances importantes et qui ne traiteraient de la question qu’à travers des " reportages ".

En établissant cette corrélation entre le pôle d’observation et les types de représentations qui en sont induites nous pensons pouvoir déterminer quelques critères objectifs de choix des organes de presse.  Nous avons ainsi privilégié le MESSAGER et MUTATIONS pour les publications en langue française, CAMEROON POST et THE HERALD pour les publications en langue anglaise. Le choix de ces organes est fondé sur leur représentativité dans la villes de Douala, la régularité de leur publications et l’intérêt qu’elles accordent dans leurs colonnes sur la question de l’immigration nigériane à Douala .

Deux variables peuvent aider ici à appréhender ce phénomène : quantitative, en prenant en compte le nombre et la surface de production sur la question nigériane dans ces journaux , et qualitative en prenant en compte le contenu ou le ton des articles proposés.

En terme quantitatif, c’est le journal le MESSAGER qui s’attribue le plus grand nombre d’articles sur la question, suivi de CAMEROON POST, de HERALD et de MUTATIONS. Nous avons arbitrairement choisi de privilégier la seconde variable, parce que estimions-nous, elle devrait être plus apte à nous renseigner sur les représentations et les images produites par la presse sur l’immigration nigériane.

Le moment saillant de ce "passage au politique" est la manipulation du chiffre des immigrés nigérians. Une surévaluation systématique de leur nombre dans l’ensemble de la presse n’est pas innocent : l’entretien de cette image a pour fonction d’exacerber les tensions et de montrer la menace réelle ou virtuelle d’une population " étrangère " qui après avoir " envahi " Bakassi, est progressivement en train de faire de même, en ce qui concerne la ville de Douala. La construction d’une menace immigrée peut être ainsi recoupée à travers certains journaux locaux. Selon le MESSAGER, il y aurait 500.000 à 1.000.000 nigérians vivants à Douala, sur les 3.000.000 vivants au Cameroun. Si le recensement de la population de 1987 - le seul d’ailleurs qui donne une approximation du nombre des nigérians à Douala - estime à environ 20.000 - ce qui est tout à fait invraisemblable - il y a lieu de remarquer que celui régulièrement servi par le MESSAGER le grossit de manière démesurée. Les chiffres avancés relèvent ouvertement d’une volonté de manipulation et de la stigmatisation de l’immigration nigériane, aux fins de la présenter comme une menace physique aux yeux des populations. Ce que nous souhaiterions faire voir ici, c’est la signification, sur un plan politique, de cette manipulation du nombre. L’observation montre que le " tango " de ces chiffres traduit un état de relations entre les deux pays: en période d’accalmie, l’élévation des chiffres traduirait l’hospitalité des populations locales ; et en période de résurgence de conflits entre les deux pays, elle suggérerait le danger ou la menace d’un envahissement dont seraient exposées les populations de Douala. Dans les journaux, les termes " amis ", " frères " nigérians  alterneront alors avec les termes " ennemis ", " ingrats ", " fourbes ", " envahisseurs " pour exprimer, la menace permanente qui pèserait sur les populations locales. Il y a donc une corrélation entre l’état des relations entre les deux pays et les images produites par la presse locale. Le ton, en général ambivalent, est donné sous forme d’alerte dans la " une " de ces journaux : " la menace nigériane se précise " ; " Même CAMP YABASSI m’appartient "; " Nouveau Bakassi. Fronde nigériane à MANOKA:  " ; " Des Nigérians aux cotés des indépendantistes " " Le came no go des Nigérians " ; " Des nigérians arrêtés en possession d’armes de guerre à Youpwè " ou sous forme d’apaisement : " Le Général Abacha bientôt à Yaoundé ". La surmédiatisation de cette immigration est un important vecteur de sa publicisation, à partir du moment où l’espace immigré est transporté au devant de la scène publique par le biais des journaux, et, en alimentant le débat public, elle se politise .

Autre modalité d’entrée de l’immigration nigériane dans le champ politique de la ville de Douala, la publicisation de l’espace privé immigré. Il s’agit de la transposition sur la place publique, des faits et mœurs qui habituellement sont considérés comme ressortissant de la sphère privée des étrangers. Au premier plan de ce processus, la religion. Nombre d’immigrés nigérians sont considérés comme animateurs des " sectes " dont les activités sont décriées dans la ville de Douala. Les plus en vue sont les " Eglises Pentecôtistes " et leur différentes variantes - Jesus Alive, Love God etc. -, qui absorbent une importante couche de la population, notamment celle en bute à des problèmes de survie. Les activités " louches " auxquelles elles se prêtent, à l’image de la vente des organes humains imputée aux nigérians qui en sont membres défraient au quotidien la chronique à Douala (Nkene 2000 :50). Ici, le débat a pris la tournure d’un véritable drame psychosocial avec l’assassinat d’un jeune enfant de 11 ans par deux nigérians pour dit-on, des fins de sorcellerie. L’implication de certaines personnalités immigrées, l’interpellation de certaines autorités de police de la ville, et, surtout l’intervention du Consul du Nigeria à Douala pour condamner cet " odieux acte "a donné une connotation fortement politique à l’événement, le faisant glisser d’un fait de société à un fait politique : l’affaire de meurtre d’enfant étant devenue une affaire entre Etats, au regard des niveaux des instances mobilisées.

Dans le même chapitre, " la sorcellerie " des nigérians, en tant que pratique intime est également passée dans le débat public au travers de la question de la " disparition des sexes " qui leur était imputée. Cette autre psychose sociale dont ils seraient responsables entretien de façon cyclique dans la ville de Douala , des manifestations et débats publics, où s’entremêlent vie privée immigrée et opinion publique; comme en témoigne le lynchage des nigérians –Igbo - et la destruction de biens par les populations au quartier Deido, soupçonnés de commanditer des " disparitions de sexe " à " distance " par des " pratiques louches ". La publicisation des comportements privés immigrés nigérians se traduit par son apparition dans l’ordre du jour du débat public et se pose en terme d’hospitalité et de réciprocité, puisque nombres de camerounais résident également en territoire nigérian.

Ainsi, l’immigration nigériane, largement considérée comme essentiellement phénomène de société à Douala, est passé au centre du débat public local par une publicisation progressive de son espace privé. L’observation de la scène politique locale de Douala fait entrevoir une dynamique inverse de politisation, impulsée cette fois-ci par les nigérians eux-mêmes .

II - LES MODALITES IMMIGREES D’ENTREE DANS LA SCENE ET LE JEU POLITIQUE LOCAL

L’entrée des immigrés nigérians dans le jeu politique local est entendu ici comme celles de leurs activités sociales qui interfèrent de manière incidente avec les instances du pouvoir local, ou alors celles de leurs activités qui prennent de manière rationnelle naissance directement dans le champ politique local. Ce processus fait entrevoir deux types de stratégies : les stratégies intentionnelles d’interventions dans le jeu politique local, qui s’analysent en une conversion du capital économique en capital relationnel : le passage au politique s’observant au moment de l’arrimage de ces motivations économiques dans le champ politique. La nature occulte de ce type de stratégies est une caractéristique importante du séjour des immigrés nigérians à Douala, et, une particularité de leur mode d’entrée dans le jeu politique. A coté de ces stratégies occultes qui opèrent par conversion de capital, il existe également une activité de marquage politique de l’espace d’accueil par ces immigrés, qui s’analyserait, dans le cas d’espèce, comme une participation politique non conventionnelle ( Mayer, Perrineau,1992 :11).

  1. INFORMALITE POLITIQUE ET CONVERSION DE CAPITAL

L’immigration nigériane n’a pas seulement produit des agents économiques incontournables dans la ville de Douala (Nkene, 2000 :56). Elle a également généré une catégorie d’entrepreneurs politiques (Schumpeter,1983 :374) étrangers dont le fonctionnement et le comportement apparaît à tout égard atypique des modes classiques d’"entrée en politique " (Rodrigo, 1990 ). Il s’agit d’agents sociaux allochtones qui investissent discrètement et sournoisement les instances de pouvoir aux fins de tirer partie de soutiens ou appuis politiques. Les taxinomies classiques les rangeraient vraisemblablement dans le cadre des groupes de pressions ; en effet, une observation serrée de leur fonctionnement montre qu’ils n’affichent réellement aucune prétention à exercer le pouvoir politique au niveau local, mais plutôt collaborent discrètement avec ce dernier aux fins de réaliser leur projet migratoire. Sans doute la situation d’" étranger " justifie-t-elle les nuances observées dans le déploiement des stratégies de conversion de capital chez les immigrés nigérians à Douala.

1- L’entrée " buissonnière " sur la scène et dans le jeu politique local

Le repérage des immigrés nigérians dans le jeu politique local de la ville de Douala n’est pas tache aisée, du fait du camouflage habituel de leurs activités pendant leur séjour. L’infiltration des réseaux fermés Igbo du quartier Yabassi s’est avérée particulièrement fructueuse ici pour appréhender les mécanismes et surtout les motivations d’une occultation devenue obsessionnelle: c’est qu’en réalité, la situation quasi-générale de clandestinité (Mefouna, 1991 ;Bouillon, 1999)qui est la leur, les représentations foncièrement péjoratives qui leur sont affublées par les populations locales et, surtout leur statut d’"étranger ", les amènent à adopter une attitude de repli et des stratégies essentiellement occultes pour pénétrer les milieux politiques. Cela expliquerait largement cette pseudo-absence dans un univers politique traditionnellement considéré comme relevant du domaine exclusif des " indigènes ". On verra, s’agissant de la ville de Douala, que cet OPNI - objet politique non identifié - (Coulon et Martin,1991 :160) est bien présent et évolue au principal dans l’informel. Expliquons.

Le monopole dont les immigrés nigérians jouissent dans certains secteurs d’activités économiques n’a jamais été du goût des populations locales qui s’en accommodent à défaut de pouvoir les chasser( Nkene, 2000 :56). Ils sont, à tous les égards considérés ici comme des ennemis commodes (Christie,1986 ; Brubaker, 1984). Une présence également ostentatoire dans la sphère politique comme c’est le cas dans le secteur économique serait insoutenable pour les populations locales. Pour ce faire, les immigrés nigérians évoluant dans la délicate sphère du politique se doivent d’être discrets, aux fins de ne pas en rajouter à une répulsion sociale avérée. Par exemple, à la question relative au rapport qu’ils entretiendraient avec la politique, les immigrés nigérians presque sans exclusive, répondent de manière systématique " I don’t do politics ", comme pour souligner l’indifférence pour ce sujet (Bourdieu,2000 :8) et surtout le statut d’apolitique qu’ils assumerait en terre étrangère. En réalité, il n’en est rien. Il y a plutôt camouflage et occultation de l’activité politique pour les raisons xénophobes évoquées plus haut. Il s’agit d’une stratégie de diversion et de contournement du sentiment d’incompétence politique qui leur est accolé, c’est-à-dire le refus ou l’interdiction socialement reconnue comme habilités à s’occuper des affaires politiques ( Bourdieu, 1979 :466). Dans cette perspective, ils choisissent conséquemment les modes d’action occultes, par exemple de financement occultes des partis politiques ou de corruption des autorités publiques locales pour la réalisation de leur projet migratoire. Cette prédilection pour l’informalité politique à Douala renvoie à d’autres types de comportement déviants d’immigrés nigérians observés dans les milieux économiques –contrebande- (Fodouop,1988)et sociaux –iconoclastes- (Amaazee 1990 :283) au Cameroun.

La constitution de lobbies politiques immigrés nigérians agissant dans le secret le plus absolu traduit ce penchant pour un jeu politique occulte. Au départ ce sont des associations ethniques ou professionnelles qui, au fur et à mesure qu’elles prennent de l’envergure, se retrouvent dans la nécessité de collaborer avec les instances politiques locales. Ce glissement de nature ou de vocation apparaît lorsque les intérêts grandissent, lorsque la coalition avec le pouvoir local devient un gage de la pérennité des affaires. A ce moment les lobbies financent les organes politiques locaux en échange de protections, de passe-droits etc…

Les lobbies IGBO (Ejiofor,1981) apparaissent ici comme les plus influents, encadrés par de puissants réseaux opaques dont les ramifications s’étalent en dehors du pays d’accueil. Leur redoutable dynamisme en fait un lobby particulièrement craint dans certains milieux d’affaires de Douala. Leur ancienneté et surtout le monopole de certains secteurs d’activité les placent comme des interlocuteurs de premiers plans avec les autorités locales. La NAPSDA - Regroupement de vendeurs de pièces détachées du Camp Yabassi - a, par le biais de son représentant financé secrètement le candidat RDPC de Douala II pendant les législatives de 1997, en même temps que le candidat SDF. Le jeu consiste ici à subventionner au même moment tous les candidats potentiellement éligibles aux élections. Cela permet de se prémunir contre d’éventuelles surprises. Cette attitude du reste dispendieuse, n’est pas inconnue des milieux d’affaires camerounais, comme en témoigne le plaidoyer à la télévision camerounaise pendant le villes mortes de KADJI DEFOSSO, accusé de financer le principal parti d’opposition -SDF. Celui déclara qu’il finançait aussi le parti au pouvoir - RDPC – et ne trouvait aucune incompatibilité à " aider " les deux partis. Le comportement des lobbies IGBO est à beaucoup de point de vue identique. En finançant tous les partis susceptibles de gagner les élections, ils se placent dans un jeu à somme variable, où ils sont assurés quel qu’en soient les résultats, d’avoir la " confiance " de nouveaux élus. L’exemple de collusion la plus remarquable entre immigrés nigérians et autorités politiques locales se trouve être l’inexécution d’une décision de déguerpissement pour construction de maisons dans une zone déclarée " non idificandi " - pont du Camp Yabassi - jamais exécutée, parce qu’elle est majoritairement occupée par des commerçants Igbos, contrôlant parfaitement depuis près de 20 ans les députés et maires de cette circonscription administrative quelle que soit leur obédience politique.

Les lobbies Haoussa du quartier Congo encore plus discrets, sont à créditer d’une influence politique grandissante. Ce quartier abrite la plupart des musulmans Nigérians depuis les années 1960. Dérivé des rapports religieux qu’ils entretiennent avec leurs homologues camerounais du quartier Congo, les lobbies haoussa tirent leur efficacité de leur insertion et leur longue familiarisation avec les milieux nordistes très impliqués dans le commerce " import-export ". D’un point de vue politique, les immigrés haoussa, sont dans leur majorité inféodés aux camerounais originaires du " Grand Nord " et s’alignent en général sur les choix politiques de ces derniers. Leur choix très souvent vont pour l’UNDP ou le RDPC en ce qui concerne les partis politiques. Mais l’essentiel de leur lobbying s’effectue en direction des autorités administratives de leurs circonscriptions directes. Ces alliances politico-administratives sont importantes pour le déploiement, la sécurisation et l’encadrement de leurs activités qui se déroulent dans une large proportion dans la fraude et la contrebande.

L’observation attentive de la scène politique de Douala montre que malgré les relents de xénophobie observés dans cette ville, les immigrés nigérians se posent comme des acteurs déterminants dans le jeu politique local, et , se trouvent ainsi, du fait de leur activité politique occulte, dans une situation atypique par rapport à la " discrétion " des autres étrangers y résidents. Mais on retiendra surtout que l’occultation et la diversion caractérisent les modes d’entrée en politique des immigrés nigérians à Douala. Au delà de ces stratégies buissonnières d’entrée dans la scène et le jeu politique, la technique de conversion de capital apparaît comme une autre modalité de leur entrée dans le champ politique.

2- La conversion du capital économique en capital politique

Une fois de plus, on est dans un chapitre peu transparent de l’activité politique des nigérians dans la ville de Douala, qui a trait à l’arrimage des immigrés dans le champ politique via l’économique. L’entrée des immigrés nigérians dans le jeu politique de la ville de Douala par leur propre initiative obéit à une logique de conversion d’un capital économique en capital relationnel (Bourdieu, 1983). En effet, les immigrés nigérians dans leur majorité sont dans les " affaires " -comprendre ici activités commerciales largement frauduleuses - et jouissent dans cette ville d’une réputation d’habiles commerçants, ce qui justifierait la fortune qu’ils réussissent très souvent à amasser en très peu de temps. Une des catégories socioéconomique (Portes, 1995 ;Light et Bonacich 1998) produite par cette immigration en terre d’accueil est ce qu’on désigne ici par " big man ", " big massa " ou plus communément " njim tété ". Le " njim tété " immigré est en général un self-made-man qui, parti d’un " settlement " arrive à se positionner comme un membre du groupe financièrement influent. L’idée sous-jacente ici est la réussite sociale individuelle, elle-même bâtie sur une réussite économique. (Geschiere et Konings, 1993) Mais dans de la ville de Douala, cette dernière ne peut réellement être efficiente sans des soutiens politiques et c’est ce qui expliquera que l’on les décèle également dans ce champ. L’action politique individuelle des immigrés nigérians dans la ville de Douala s’inscrit dans une alliance dyadique où la logique de la corruption prévaut et où le secret est de mise. Ce sont en général de gros commerçants IGBO et Haoussa qui entretiennent ce commerce avec tantôt les partis politiques, tantôt avec les autorités administratives ou traditionnelles. Ojukwu, puissant homme d’affaire IGBO installé au quartier Ngodi est un prototype du " njim tété " immigré nigérian à Douala. Réputé dans les milieux d’affaires et dans les milieux politiques de la ville de Douala, il appartient à la catégorie des personnes " intouchables " de la place. Sa réputation de " dur " fait de lui un homme craint et respecté de la ville. Sa trajectoire d’entrée dans les instances du pouvoir local est d’abord passée par une accumulation, ensuite il y a eu redistribution à certains agents sociaux précis que sont les autorités locales - chef traditionnels, commissaires de police, maires, sous-préfets, préfets etc. - en vue de deux objectifs: la sécurité et le développement de son commerce. Au cœur de cette mécanique, la logique de conversion d’un capital économique en capital relationnel dans la mesure où ce qui est visé par l’immigré nigérian, c’est la sécurité de son commerce contre les populations locales avec lesquelles ils entretiennent des rapports plutôt " difficiles ". S’adjoindre les services et la protection des autorités politiques et administratives locales devient alors un gage pour la réalisation des projets migratoires. L’entrée dans le jeu politique on le voit ici est indirect, et obéit à d’autre chose que la conquête ou l’exercice du pouvoir. Il ne s’agit pas d’une recherche du pouvoir à exercer, mais davantage de la quête d’un capital relationnel qui les sécurise dans un environnent social hostile et susceptible de nuire à leur objectifs d’enrichissement. Il s’agit moins encore, en ce qui concerne le " njim tété " immigré, d’une véritable professionnalisation politique (Gaxie, 1973) puisque leur rapport aux instances dirigeantes obéit à autre chose que la quête du pouvoir politique. Ainsi, le passage de l’économique au politique caractérise les stratégies d’enrichissement des " njim tétés " et, se traduit concrètement par une forme de " straddling " fonctionnel entre ces deux champs (Médard,1992 :185). Pour mieux saisir ce mécanisme, il faudrait surtout mettre en exergue les rapports d’échanges qui existent entre le" njim tété " et les autorités locales. On empruntera volontiers ici les instruments d’analyse du paradigme "clientéliste " pour décrypter les rapports d’ "instrumentalisation " réciproque entre immigrés nigérians et " élites " locales : en fait, la situation d’"étrangers " et de " clandestins " les place dans une position sociale souvent inconfortable qu’il leur faut contourner au prix de sacrifices; lesquels leur permettent ensuite de réaliser leurs objectifs d’enrichissement et de se positionner comme des alliés indispensables dans le jeu politique local, par exemple en ce qui concerne le financement occulte des partis politiques ou de groupes de pressions.

Observés ainsi sous cette grille de lecture, les rapports entre les autorités locales et immigrés nigérians montrent que l’entrée dans le champ politique est pour partie tributaire de différentes transactions, de coalitions politiques fondées sur des intérêts réciproques existant entre les deux premiers (Down,1972) (Marantzidis et Mavromatis,1999 :444). La réussite du processus d’accumulation des " njim tété " est étroitement liée aux relations dont ils disposent au sein des instances dirigeantes qui les couvrent en cas de besoin (Médard,1992 :185)  Ils sont reconnus comme " intouchables " dans la ville du fait de leurs attaches avec les autorités administratives ou politiques qui en retour obtiennent d’eux des prébendes. En somme, il s’agit d’une sorte " d’alliance dyadique verticale entre deux personnes de... [catégories ou de groupes sociaux] statut, de pouvoir et de ressources inégaux, dont chacune considère utile d’avoir un allié supérieur ou inférieur à elle-même "

On doit toutefois faire observer que l’entrée individuelle en politique des " njim tété " nigérians immigrés est sans préjudice de celles de leurs groupes politiques, ethniques ou socioprofessionnel qu’ils représentent. A titre d’exemple, la SCNC est considérée dans certains milieux politiques de Douala comme étant soutenu par les Nigérians, notamment des " njim tété " IGBO résidents dans cette ville. A la réunion de TARABA - région frontalière avec le Nigeria - M. Bamanga TUKUR indiquait en des termes très clair le rôle politique qui devrait être celui des immigrés présents à Douala : le commerce politique entre " njim tété " et autorités locales, s’il ne doit pas être officiel, doit pouvoir servir aux intérêts des anglophones spoliés dans le partage des richesses au Cameroun. Mais en général, ce type d’activité immigrée prend, dans la majeure partie de temps, les trajectoires d’une participation politique non conventionnelle, comme on le verra avec les manifestations et protestations des nigérians qui structurent de manière significative l’espace politique de la ville de Douala.

 

B - LA PREDILECTION POUR UNE PARTICIPATION POLITIQUE NON CONVENTIONNELLE

Dans ses diverses modalités, la participation politique n’est pas une dimension isolée de la participation sociale au sens large. Si ses principaux indicateurs covarient avec d’autres activités sociales (Mayer et Perrineau,1992 :14), il y a qu’elle dépend étroitement des statuts des membres de la société incriminée. Ainsi, selon que l’on est un national ou un étranger, la question de la participation politique se posera de manière différente (Withol, 1987 :11). En particulier, la question de la participation politique des immigrés nigérians à Douala se pose en des termes tout à fait singuliers. Il s’agit d’une population immigrée dont les rapports sociaux avec la population locales sont extrêmement conflictuels, et, dont les stratégies de séjours s’articulent en gros autour de l’occultation et de la dissimulation. Leur participation aux activités politiques emprunte rarement ici les trajectoires légales ou celle des structures ou cadres conventionnels. Elle opère par contournement systématique des cadres agrées et, ce faisant, les introduit dans la sphère d’une " participation politique non conventionnelle ". Celle-ci inclut des actions individuelles ou collectives en contestation du pouvoir politique, ou qui utilisent " des moyens refusant la légalité ou totalement illégaux " (Chagnollaud,1996 : 79) Certaines pratiques des immigrés nigérians à Douala dans leurs rapports à la nationalité et la citoyenneté camerounaise et la récurrence de leurs activités protestataires permettent de mieux appréhender ce processus de participation politique non conventionnelle.

1 - Acquisition d’une nationalité et d’une citoyenneté de "rente" : la double présence 

La citoyenneté et la nationalité en ce qu’elle ont trait aux rapports entre les individus et l’Etat, sont des questions relevant de l’espace politique. Si cette relation est déjà problématique vis a vis des nationaux, elle constitue une véritable gageure en ce qui concerne les étrangers (Withol, 1987:19; Schuck,1998:160) :  " La migration transnationale observe Jacobson, est en train de saper continûment le socle traditionnel de l’appartenance à l’Etat-nation, en un mot la citoyenneté ". Les motivations et surtout les modalités d’acquisition de cette citoyenneté sont bouleversées à la suite des transformations induites de l’intensification des flux migratoires qui donnent vie à de nouvelles figures de citoyenneté. C’est dans ce cadre qu’il faut situer la " citoyenneté de rente ". Par " citoyenneté de rente ", nous voulons marquer ici toute la différence entre une citoyenneté qui repose sur les droits et devoirs classiquement reconnus (Lochak, 1985) et une autre qui est acquise à des fins mercantiles, ou en raison des avantages pécuniaires qu’elle est susceptible d’apporter. Celle que les immigrés nigérians acquièrent ces dernières périodes dans la ville de Douala se distingue fondamentalement par sa finalité et sa procédure d’acquisition des modes normaux d’acquisition de la citoyenneté: elle leur permet tantôt de marchander leur voix en période électorale ou surtout d’acquérir des passe-droits sans pour autant se sentir des camerounais, c’est-à-dire des membres de la communauté politique de l’espace d’accueil; c’est donc d’une acquisition à des fins essentiellement mercantiles qu’il s’agit. La citoyenneté camerounaise pour l’immigré nigérian n’est qu’un instrument de travail, notamment pour éventuellement servir de voix pour les suffrages en cas d’élection ou alors comme un gage pour les affaires. Dans des localités comme MANOKA où les immigrés nigérians constituent jusqu’à 80% de la population, cet enjeu est encore nettement perceptible. Ici leur nombre important a des incidences directes sur les suffrages de cette circonscription administrative: véritables enjeux électoraux, ils pèsent souvent d’un poids remarquable sur les résultats des élections, comme le montre les élections législatives et municipales de 1997 où ils déterminèrent la victoire du RDPC.

Cependant les moyens d’acquisition de cette citoyenneté montrent très bien la considération qu’on les immigrés nigérians pour elle. En lieu et place d’une action en naturalisation ordinaire ou d’une double nationalité légalement acquise (Abiabag, 1982), les immigrés nigérians procèdent, à travers de réseaux camerounais et nigérians à des opérations frauduleuses pour l’acquérir : moins longue, moins coûteuse et surtout pratique, cette procédure consiste à s’octroyer sous pourboire, dans un premier temps, un acte de naissance camerounais auprès d’une mairie de la place. Ensuite le même manège est utilisé pour la fabrication d’un certificat de nationalité dans les tribunaux de la place et, munis de ces deux éléments, l’intéressé peut se rendre dans des commissariats de police de la place pour se faire délivrer une carte d’identité nationale camerounaise. En réalité, cette nouvelle procédure d’acquisition des cartes nationales d’identités visait, par sa longueur à se prémunir de cas de fraudes. Mais à l’arrivée, ce procédé n’aura pas servi à grand chose puisque les immigrés nigérians désireux de ces nouvelles cartes en sont d’ores et déjà titulaires. Au ministère de l’Intérieur, et à la police des frontières, les mesures d’institution de cartes d’identités informatisées avaient pour but d’identifier les nationaux et, par la méthode de résidus à évaluer la population étrangère. Mais au vu de l’échec de cette entreprise du fait de la prolifération de cartes frauduleuses, l’opération a connu depuis lors un ralentissement, même si on se targue dans certains milieux officiels à avancer d’autres raisons qui seraient " purement techniques ".

Malgré l’acquisition de cette nouvelle "citoyenneté ", les nigérians ne renoncent pourtant pas à leur nationalité d’origine, qu‘ils aiment d’ailleurs à arborer en certaines circonstances et en certains lieux, comme en témoigne les rassemblements qu’ils organisent pendant la fête nationale du Nigeria (1er octobre). Dans une autre situation, on aurait d’ailleurs pu parler d’une double nationalité; mais il n’en est rien. L’idée que le Cameroun est un espace à coloniser est toujours aussi vivace depuis la colonisation britannique dans les représentations que se font les immigrés nigérians des camerounais, en dépit des résultats du référendum de 1961 et malgré les indépendances politiques. Cela justifierait le complexe de supériorité que ces derniers affichent en général en face des camerounais et, expliquerait l’éternel climat d’animosité régnant entre les deux peuples. On comprend alors que les constructions et les représentations immigrées afférentes amènent à admettre qu’un nigérian ne doit donc pas, du fait de sa " supériorité " au camerounais, se vanter d’une éventuelle naturalisation camerounaise. Voilà pourquoi ils sont " camerounais " pour contrôler le pouvoir politique local à Douala aux fins d’assurer leur " business ", et nigérian pour des raisons " patriotiques ". Doublement présents à Douala, ils sont donc, en fonction des circonstances camerounais; mais demeurent toujours nigérians.

Les rapports des immigrés nigérians au pouvoir local prennent également les formes d’activités protestataires, dont la régularité et l’intensité sont fonction de la distance avec le " centre ".

 

2 - Les manifestations publiques

Le marquage de l’espace de la ville de Douala par les immigrés nigérians ne s’est pas arrêté aux structures et représentations sociales. Ce processus d’appropriation symbolique de l’espace a également irradié sa sphère politique: Les manifestations du 1er octobre (indépendance du Nigeria) organisées de manière assidue par les nigérians chaque année à Douala sont un moment important de leur expression politique en terre d’accueil. Ici l’expression privée se publicise à travers les festivités organisées à cette date et traduisent leur attachement à la nation où l’Etat nigérian. La référence à l’Etat nigérian en terre d’accueil indique implicitement l’allégeance à ce dernier, en dépit du processus de " désétatisation " proclamé ad nauseum en Afrique dans le cadre des flux migratoires. Le processus d’investissement et de recomposition de l’espace politique en Afrique par les étrangers ne s’effectue donc pas totalement en dehors de l’Etat. Il semble puissamment et paradoxalement marqué par la " pensée d’Etat " (Abdelmalek, 1999) ou de la "culture d’Etat" (Sindjoun 1999). En effet, il demeure encore un cadre de mobilisation de symboles qui déterminent de manière significative les attitudes, un vecteur de conditionnement des schèmes de pensée individuelle ou collectives au sein comme à l’extérieur des sociétés. Comme forme symbolique, l’Etat reste un puissant instrument de fabrication, et de structuration de l’activité migratoire (Sindjoun :1999) et est illustratif de ce qu’en réalité, l’Etat se trouve aussi bien " dans les têtes "que dans les sociétés politiques. Il induit par exemple des formes de représentation politique tel que la magnification du nationalisme des immigrés nigérians à Douala. L’organisation des festivités commémorant l’indépendance du Nigeria par ses ressortissants à Douala traduit, au-delà de l’affirmation d’un référent national fort, une volonté explicite de marquage politique de l’espace d’accueil, en terme d’importation et d’imposition de comportement politiques étrangers. L’hypothèse de l’interdiction d’une manifestation de cette nature estime d’ailleurs le Consul du Nigeria à Douala s’analyserait comme un incident diplomatique.

Une autre modalité d’entrée des immigrés nigérians dans le champ politique de la ville de Douala consiste en leur forte tendance aux protestations publiques. En effet, les relations sociales conflictuelles entre immigrés nigérians et les populations locales génèrent des heurts de tout genre, qui trouvent comme mode d’expression des réactions collectives de désapprobation de la part des Nigérians. La caractéristique principale des réponses immigrées ici est leur caractère non conventionnel. Il s’agit ici d’actions collectives de contestation de l’ordre ou du pouvoir politique local par un usage de moyens très souvent en marge de la légalité. (Chagnollaud, 1996 :79 ; Mayer et Perrineau, 1992 :112). Mais ce marquage politique de l’espace urbain varie également en fonction du degré de " centralité ". En effet, l’importance et la concentration du nombre des immigrés dans certaines zones de cette ville est corrélée avec l’amplitude des contestations (Coleman, 1990) Ainsi verra-t-on que les " quartiers difficiles " à l’instar de Camp Yabassi ou " dangereux " comme New-Bell dont l’allégeance est faible avec le centre du pouvoir local donnent aux immigrés nigérians des possibilités de contestation élevée, au contraire des quartiers comme Bonandjo (quartier administratif) où ils se montrent plus discrets. Dans le même sens, les archipels de la ville de Douala comme Cap-Cameroun, Clic Number One, Munganguè, Kangue, Poka etc. constitués de près de 85% d’une population nigériane offrent, du fait de leur éloignement géographique, un espace de contestation aux amplitudes particulièrement élevées: elles vont parfois jusqu’à voir l’implantation du drapeau nigérian, comme ce fut le cas à Cap-Cameroun -une des 22 îles de l’arrondissement de Manoka- au mois de septembre 2000 au cours d’une insurrection des immigrés nigérians -Orong en majorité- La moindre altercation entre les immigrés Nigérians et les autorités locales dans ces archipels de Douala est source de protestations et de revendications de toutes sortes, qui culminent très vite avec des menaces d’annexion du territoire camerounais. L’implantation des drapeaux nigérians lors de ces échauffourées témoigne non seulement cette tendance à la contestation, mais peut-être surtout un marquage politique d’un espace qu’ils considèrent sinon comme un territoire nigérian, du moins comme un "no man lands". Quoique "non orthodoxe", ces activités protestataires immigrées (Marsh, 1997) constituent une dimension importante de la participation politique qui ne doit pas être perçue uniquement dans le sens classique de la mise en œuvre de la citoyenneté - appartenance à une vie associative ou syndicale, au vote etc. - mais également à un certain nombre d’activités remettant en cause l’ordre établi et les institutions en place. Ces protestations multiformes des immigrés correspondent donc à un marquage de leur présence dans la sphère politique de la ville de Douala; ce qui les place dans une situation singulière, par rapport aux attitudes et comportements des autres étrangers présents dans cette ville.

 

CONCLUSION

L’immigration nigériane à Douala n’est pas restée cloîtrée dans le champ social ou économique comme on l’a souvent vu dans un bon nombre d’études relatives aux migrations internationales classiques. Elle a, par une dynamique co-produite par les locaux et les immigrés, irradié le champ politique local, entraînant une rupture avec les considérations jusque–là faites sur ce sujet : l’incompétence politique souvent accolée aux étrangers est alors irrémédiablement battue en brèches ici par un ensemble de processus et dynamiques qui par volonté ou par destination, exposent ou inféodent l’immigré dans l’espace politique. Mais plus profondément, on se trouve devant un cas singulier de rapports politiques entre " étrangers " et " nationaux " au Cameroun, où les immigrés par leurs activités déterminent dans certaines conditions le jeu politique, fut-il à un niveau local; mais qui ne saurait être sans incidence sur l’ensemble de la vie politique nationale. Dans cette perspective, les confusions et cafouillages identitaires devenus banals et induits de la contrefaçon   généralisée de pièces d’identifications à Douala laissent perplexe quant à la passivité et l’indifférence observée de part et d’autre, amenant à un questionnement sur l’existence ou l’efficience de politiques migratoires entre les deux Etats.

 

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